Homo Sapiens Urbanus
[ Exposition Demain Peut-Être ? ]
Vidéo/Performance/Installation
Durée : 45 minutes

Homo Sapien Urbanus est un court-métrage de 45 minutes, projeté sur une installation composée d’une antenne parabolique, de câbles et de tuyaux. Les plans sont fréquemment accélérés pour renforcer le comportement primaire d’Homo Urbanus. Cet effet me permet aussi d’appuyer son agilité dans les jungles urbaines qu’il explore et cette image burlesque d’un homme moderne dans un décor post-apocalyptique.
La bande sonore des vidéos est brute composée des déplacements de HSU tantôt sur des débris tantôt sur du feuillage. Le tout est parasité par de lointains bruits de machines modernes, des voitures, des trains et des avions, un brouhaha urbain menaçant qui s’oppose à de sensibles chants d’oiseaux. L’absence de voix, d’expression orale du protagoniste amplifie son caractère solitaire, en marge de la société.

Homo Sapiens Urbanus n’a pas toujours été cet être primaire qui apparaît à l’image. Il vient de cette société qu’il a fui, dans laquelle il a grandi et qui finit par le faire suffoquer. Après sa métamorphose, Homo Urbanus a évolué au niveau de sa spiritualité. Il semble être libéré des émotions et des valeurs qui faisaient défaut à Homo Sapiens-Sapiens : l’harmonie avec l’environnement, des relations entre humains plus transparentes et au-delà des rapports hiérarchiques stricts. Ayant été en bas de l’échelon, il a une répugnance pour tout ce qui est lié à la société qu’il a fui. Il subit une phase décisive de burn-out qui l’éloigne de cette humanité. Le décalage entre lui et sa société va beaucoup l’affecter. Son esprit va avoir du mal à assimiler ce changement qui implique des sacrifices. Ne trouvant pas de modèle, c’est de son inconscient que son salut va s’imposer. Il devient plus serein et plus détaché de sa propre civilisation. Ayant acquit un nouvel équilibre, il adopte progressivement et naturellement une nouvelle façon de vivre et évolue sans inclure de rapport humain à sa vie.

Cette métamorphose se manifeste notamment par son apparence : conscient de son image et du monde qui l’entoure, les vêtements qu’il porte lui permettent très bien de se fondre dans une foule au sein de la civilisation. Il s’habille d’un bleu, d’un pantalon de travail et d’une paire de chaussures de sécurité.
Cet uniforme le dissimule aussi bien dans des lieux publics comme dans des lieux délaissés dans lesquels il se confond avec les débris et les infrastructures industrielles désaffectées. Ce bleu de travail représente aussi la classe ouvrière, sûrement son statut avant sa transformation.
Il est conscient de son image mais est désintéressé de toute forme de contact avec les humains; il est vêtu pour se camoufler et se protéger pour survivre en autarcie.
Au cours de ses divers déplacements, Homo Urbanus cherche un certain nombre de choses. Sa déambulation en elle-même est une fin, car dans un milieu vaste et peu luxuriant, il est nécessaire d’être nomade pour survivre, à moins de faire partie intégrante de la société, d’une société.
La solitude qui découle de cette déambulation permanente est aussi une fin, car à ce stade, Homo Urbanus a exclu tout lien avec les autres humains et n’a pas trouvé de semblables. Enfin, son exploration est aussi motivée par un aspect matériel. Il ne cherche pas seulement des vivres, mais aussi des objets symboliques dans la perspective d’en faire des outils, des installations ou des objets de culte. Cette démarche a l’avantage d’être parfaitement compatible avec les nombreuses matières premières endommagées, voire inutilisables en l’état, qu’il réemploie. Les structures de béton des lieux que HSU traverse sont en disparition, déjà à un potentiel stade de « Demain, peut-être » . Ces lieux à l’abandon apparaissent à ses yeux comme de vraies mines à exploiter.
Homo Sapiens Urbanus réinterprète l’image de la survie. Sa déambulation est une quête d’épanouissement, d’adaptation, mais aussi d’avertissement. Il nous est impossible de déchiffrer le sens précis de ses activités. Cela dit, son exploration des lieux abandonnés, repris par la nature, et sa récupération nous dévoilent des informations concrètes sur son environnement toxique, sur sa personnalité et ses préoccupations.
Il utilise notamment des représentations de mains : elles représentent le moi, le » je « , une trace de passage, une marque de reconnaissance et d’identité ou encore un avertissement. La déambulation et la récupération de HSU sont intimement liées avec les œuvres qui ont pu être réalisées par ce même processus de réemploi, dans cette même optique de sensibilisation.

