Demain Peut-être ?
[ Installation – Nuit de la Création – Exposition Censurée ]
[ 2021 – Versailles]

On se retrouve dans une pièce envahie par des câbles et des tuyaux à l’image d’une racine.
A droite de la salle, un buste rouge est posé au sol, démembré et transpercé par des câbles électriques. Il est inerte mais connecté à une télévision qui le surplombe sur un tabouret enlacé par des câbles.

Un premier groupe de câbles électriques jaillit du cou du mannequin et vient se connecter à cet écran-plat, sur cette « tête » où défilent les vidéos Routine (1 minute) et Montée des Os (4 minutes). La TV est l’image de notre quotidien rythmé par les écrans. Elle vient remplacer la tête du mannequin et renforce ce sentiment d’emprise, de domination. La tête est évocatrice des sens comme l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût… Ici, les sens du mannequin sont dénaturés et réduit au simple stade de téléviseur.
Ce buste est plongé dans une atmosphère anxieuse et cyclique. Les deux œuvres vidéo se suivent et se répètent tout en exprimant chacune différents aspects de cette suffocation. Un défilé mécanique hypnotisant et angoissant, et une fonte des glaces qui présage l’arrivée de la mort ?

Du bras gauche du mannequin, des réseaux de câbles électriques et de tuyaux viennent se connecter à l’installation Homo Sapiens Urbanus. L’œuvre présente les déambulations d’un personnage aux attitudes en apparence primaire, voire primitives, dans des paysages urbains figés. Le court-métrage de 45 minutes défile sur une antenne parabolique usée, rouillée et réhabilitée. Les câbles viennent grimper sur le mât de l’antenne pour se connecter à elle. Ce dispositif semble usé, mais bel et bien fonctionnel. Il est symbolique de communication, de partage et d’information. Son apparence à la fois rudimentaire et nécessaire implique aussi des notions d’adaptation, de survie et de résistance.
Il n’est pas nécessaire de regarder l’entièreté de la projection. Chacune des scènes suffit à représenter le caractère survivaliste du protagoniste par sa déambulation.
Le support de la projection s’élève et semble stable ce qui appuie cette vision survivaliste du futur, presque idéale compte tenu de l’ambiance étouffante qui est dégagée par l’installation dans sa globalité.
La parabole s’élève face au futur post-Sapiens présenté par Fossile. Elle met en avant les rythmes naturels desquels l’humanité s’est écartée jusqu’à atteindre une situation critique.

À droite du mannequin, un autre « bras » de câbles électriques vient se greffer aux viscères électro-mécaniques éparpillées sur la planche Fossile. Les fils et les tuyaux semblent se connecter parfaitement avec cette masse monstrueuse composée de nos déchets dénaturés, fondue par le feu. Le rouge et les multiples textures dont regorge la planche mettent en avant son statut de dépouille, de cadavre, des viscères électro-mécaniques. La planche est posée au sol comme un corps inerte, gisant et dénaturé. Ce rouge attire notre œil au même titre qu’un panneau d’avertissement. C’est un massacre d’objets entassés, fondus les uns sur les autres, mais avec une apparence charnelle évocatrice du corps humain, de ses réseaux de veines et d’artères, de ses différents organes et de ses différents membres.
Cette projection intègre une idée dramatique et morbide sans incorporer la présence concrète de l’humain dans ce futur. Elle vient s’opposer à l’élévation de l’antenne d’Homo Sapiens Urbanus.
Le bras droit du mannequin représente la main de la justice, l’ordre, le conservatisme qui risque de nous condamner au futur Fossile. Son bras gauche symbolise la créativité, la remise en question et le renouveau. Elle propose une adaptation comme celle d’Homo Sapiens Urbanus. La tête incarne nos sens, reliés à une télé sur laquelle défilent des « programmes » inquiétants et ce support envahit et rythme notre quotidien. Le mannequin représente un humain violemment hyperconnecté.
Les bras nous transportent vers deux futurs possibles, atteignables par l’humain et la tête révèle la raison pour laquelle nous pourrions être amenés à survivre ou à disparaître.

Il existe un rapport concret entre les œuvres Homo Sapiens Urbanus et Fossile : elles reflètent deux futurs possibles, l’un illustrant l’adaptation et la survie, l’autre étant une dystopie où l’humanité n’a pas su s’adapter et s’est condamnée par son anthropocène.
Le processus de création des œuvres dans le sujet HSU est très proche de celui de Fossile. Urbanus ramasse des objets ayant un statut de déchet dans les lieux qu’il explore. Bien que j’incarne Urbanus, j’opère dans des buts similaires : je réutilise des débris et des déchets pour créer des volumes monstrueux comme Fossile, qui annoncent notre disparition.
Il y a aussi un lien chronologique. L’univers de Fossile n’exclut pas l’existence d’Homo Sapiens Urbanus. Homo Sapiens-Sapiens, l’humain actuel et ses configurations de sociétés, ne peuvent perdurer sans accepter un profond changement. HSU apparaît au début d’une transition environnementale comme une possible adaptation. Fossile clôt la narration avec une hypothétique disparition de l’espèce humaine et devient un exemple type d’archéologie post homo sapiens.
